/ 27.02.17

Des bateaux naissent à la campagne

L’activité nautique représente plus de 30 % du chiffre d’affaires du groupe Malvaux, spécialiste du contreplaqué basé à Loulay, au nord de Saint-Jean-d’Angély.

Loulay, son clocher piqué au creux du val saintongeais. Et le groupe Malvaux, qui aide à voir au large, à une soixantaine de kilomètres de l’épicentre rochelais de la filière nautique.
Ici, naît la rumeur de la plaisance. Elle se propage dans le bruit cadencé des machines outils qui roulent, massicotent, aboutent, collent et expédient. Elle se lit dans les regards qui trient les teintes, sélectionnent les fibres et rangent avec application, jusqu’à enfler au contact des panneaux de contreplaqués qui sortent en bout de chaîne et dans le sillage desquels Malvaux, l’un des derniers spécialistes de l’Hexagone, a taillé sa réputation.
Évidemment, on ne voit rien ici des bateaux, ni de leurs fabricants. Mais on les devine dans le vaste hall de la maison mère, à deux bords de Saint-Jean-d’Angély. Ils sont aussi présents dans la manœuvre de ses filiales ancrées dans le bocage au sud de Nantes et près de Cholet. Là non plus, la marée ne balance pas.

Des panneaux techniques

Malvaux, ce n’est pas le contreplaqué, ce sont les contreplaqués. La marque du pluriel souligne la densité d’une gamme qui apparaît incroyable au profane. Elle s’étire des panneaux standards aux plaques dont les qualités hydrofuges, ignifugées, isophoniques, jusqu’aux sandwiches hautement techniques associant résistance et légèreté, fournissent toute la valeur ajoutée recherchée pour démarquer Malvaux de sa concurrence. Des produits dont l’okoumé du Gabon reste le composant principal (lire par ailleurs), mais qui sont anoblis sur demande avec l’une des 150 essences fines ou rares du catalogue.
Bref, des panneaux de coques aux aménagements intérieurs des carrés les plus sophistiqués, Malvaux sait rimer avec bateau.
Bénéteau, leader mondial de la plaisance et client historique de l’entreprise, suivi des catamarans de Fountaine-Pajot, des voiliers de Latitude 46, Nautitech (filiale de l’Allemand Bavaria), comme de plus petits chantiers, Rhéa marine, Franck Roy, Ofcet : à quelques exceptions près, les entreprises nautiques de Charente-Maritime et de Vendée passent toutes commande au groupe fondé en 1928 pour fabriquer à l’origine des cagettes de peuplier.
Dans la déclinaison d’une quarantaine de produits différents, le nautisme et sa vingtaine de clients représentent aujourd’hui 36 % des 50 millions du chiffre d’affaires du groupe. Aussi, aborder la question de l’éloignement maritime fait sourire Philippe Denavit qui est à la tête du beau navire aux 315 membres d’équipage (dont 90 à Loulay), qu’il rachetait en 2006 aux Finlandais d’UPM, avec le soutien du Fonds océan participation, filiale du Crédit mutuel. « Nous sommes installés entre deux bretelles de l’autoroute A 10 », répond-il, assuré d’être « bien positionné par rapport aux grands acteurs de la filière nautique ».
Pour stratégique que soit la plaisance pour son entreprise, Philippe Denavit souhaite cependant en diminuer le poids. Il a tiré les enseignements de la crise de 2008 qui avait envoyé par le fond 50 % de l’économie nautique, la vague n’épargnant évidemment aucun de ses sous-traitants. Malvaux avait alors licencié « 10 % de ses effectifs », rappelle le dirigeant qui ouvre depuis lors les vannes de la diversification.

Salutaire diversification

C’est dans cette stratégie que s’inscrivent les achats des filiales de Loire-Atlantique et du Maine-et-Loire. Quand Malvaux absorbait Navi Line en 2010, il s’agissait de se diversifier dans la fabrication de mobilier en contreplaqué. La société de Vieillevigne (44) réalisait alors 100 % de son activité pour le compte des chantiers nautiques. Ce pourcentage a été abaissé à 66 % du chiffre d’affaires, Navi Line fournit aussi les fabricants de caravanes et de camping-cars. Diversification encore avec ST Bois (rachat de 2015), Amoris et Barbeau.
Les métiers développés par ces trois filiales et la masse critique atteinte aujourd’hui par l’ensemble du groupe lui ouvrent la porte de très gros marchés d’aménagement, notamment dans l’hôtellerie de luxe. L’équipement de halls du parc des expositions de Bilbao, de la Philharmonie de Paris ou du bar du Plaza Athénée, palace parisien, sont quelques exemples. En ce moment, un marché de 5 millions est en cours d’exécution dans un autre luxueux établissement de la capitale. Mais chut, le nom de ce client est secrètement gardé.

Un peu d’histoire

Créée en 1928, la société Malvaux est orientée à ses débuts dans la fabrication de cagettes de peuplier, un bois de pays disponible alentours, ce qui explique l’implantation en val de Saintonge.
Dans les années 50, elle se diversifie avec l’importation d’okoumé, bois exotique dont les grumes arrivent du Gabon et sont déchargées au port de commerce de La Rochelle. Malvaux ne déroule plus aujourd’hui ces immenses troncs (opération consistant à produire le placage à la manière d’un taille-crayon). Les placages sont réalisés au Gabon et arrivent bruts à Loulay, mais toujours via le Grand Port maritime charentais. Malvaux en importe 15 000 mètres cubes par an. Des bois issus de forêts gérées durablement qui sont estampillés des labels de traçabilité FSC et PEFC

 

 

Philippe BAROUX – Sud-Ouest.